La série de Steven Knight situe son intrigue entre 1919 et 1934, et son département costumes a puisé dans deux décennies distinctes de mode masculine. Les saisons 1 à 3 s’ancrent dans une esthétique années 20 (silhouette étroite, revers fins, casquette plate), tandis que les saisons 4 à 6 glissent vers une coupe typique des années 30 : épaules plus larges, taille marquée, pantalons à plis et volumes plus généreux.
La plupart des guides en ligne confondent allègrement ces deux références. Comprendre cette bascule est le vrai point de départ pour composer une tenue cohérente.
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Années 20 ou années 30 : deux silhouettes que Peaky Blinders mélange
Les costumes portés par Tommy Shelby dans les premières saisons présentent des revers étroits, une veste ajustée près du corps et un pantalon droit sans plis. C’est la ligne typique de l’après-guerre britannique, sobre et fonctionnelle.
À partir de la saison 4, la garde-robe évolue. Les années 30 introduisent une silhouette plus structurée et élargie : les épaules gagnent en carrure, la taille de la veste se creuse, et le pantalon adopte des plis frontaux avec une coupe taille haute plus ample. Les revers s’élargissent, parfois en pointe. Cette transition reflète l’ascension sociale du personnage autant que l’évolution réelle de la mode masculine de l’époque.
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Pour un look inspiré spécifiquement des années 30, il faut donc cibler la seconde moitié de la série. Les tissus changent aussi : le tweed brut des débuts cède du terrain à la flanelle, au chevron plus fin et aux laines peignées. Un costume trois pièces en flanelle grise avec des revers larges en pointe se rapproche davantage de la silhouette années 30 qu’un ensemble en tweed épais à revers étroits.
Détails fonctionnels d’époque souvent réduits à de la décoration
Les guides de mode traitent généralement les accessoires Peaky Blinders comme des éléments purement esthétiques. Plusieurs d’entre eux avaient pourtant une fonction concrète dans le contexte ouvrier et urbain de Birmingham.
- Les bracelets de manche (sleeve garters) servaient à ajuster la longueur des manches sur des chemises bon marché vendues en tailles uniques, évitant de refaire un ourlet ou de racheter une pièce plus adaptée.
- Les bretelles remplaçaient la ceinture, qui n’était pas un accessoire courant sur les pantalons taille haute de l’époque. Le pantalon tenait par ses bretelles et sa coupe montante, pas par une boucle à la taille.
- Les boutonnières du revers étaient fonctionnelles : elles permettaient de fixer une fleur, un insigne syndical ou un épinglette, pas simplement d’orner la veste.
Reproduire ces détails sans comprendre leur logique d’origine donne un déguisement. Les intégrer en connaissance de cause donne une tenue lisible.
Costume trois pièces années 30 : les critères de choix du tissu et de la coupe
Le costume trois pièces reste la pièce centrale. Pour viser une allure années 30 plutôt qu’un costume contemporain « rétro », plusieurs points de coupe méritent attention.
La veste doit avoir une épaule légèrement construite sans être rembourrée à l’excès. L’idée est une carrure naturelle, pas une armure. Les revers en pointe (peak lapels) sont caractéristiques de la décennie. Le gilet croisé, très présent dans les saisons tardives de la série, apporte une touche d’autorité visuelle que le gilet droit ne produit pas.
Côté tissus, le tweed reste associé à l’univers Peaky Blinders, mais la flanelle et le chevron conviennent mieux à l’esprit années 30. Un tissu en laine avec un grammage suffisamment dense tombe mieux et conserve la structure de la silhouette. Les motifs à carreaux fenêtre, les chevrons larges et les unis texturés sont les choix les plus cohérents.

Le pantalon se porte taille haute, avec un ou deux plis frontaux. La jambe est plus ample que sur un pantalon slim actuel, et l’ourlet peut être légèrement raccourci pour laisser apparaître la cheville au-dessus de bottines lacées. Ce détail de longueur, récurrent dans la série, n’est pas un accident de stylisme : il met en valeur la chaussure, autre marqueur fort du vestiaire.
Chemise à col club et chaussures : deux pièces qui ancrent le look
La chemise visible dans la série arbore souvent un col club (col à pointes arrondies), typique de la mode britannique de l’entre-deux-guerres. Ce col se distingue nettement d’un col italien ou d’un col français et suffit à lui seul à dater visuellement la tenue. Quelques marques spécialisées dans le style sartorial proposent ce type de col, parfois sous l’appellation « col arrondi » ou « penny collar ».
Pour les chaussures, les bottines en cuir patiné (type brogue boot ou bottine à lacets) sont le choix le plus fidèle. Les brogues basses fonctionnent aussi, à condition de rester sur un cuir mat et une semelle fine. Les semelles épaisses ou les cuirs vernis tirent la tenue vers un registre contemporain qui casse la cohérence.
Adapter la tenue années 30 au vestiaire contemporain sans basculer dans le costume de scène
Le piège principal de ce type de look est la frontière entre hommage vestimentaire et déguisement. Quelques arbitrages permettent de rester du bon côté.
Porter le costume trois pièces complet convient à un événement (mariage, soirée à thème, réception). Au quotidien, isoler deux éléments suffit : un gilet croisé porté sur une chemise col club avec un pantalon à plis fonctionne sans la veste. Un pantalon taille haute en flanelle associé à une chemise et des bretelles apparentes crée une silhouette lisible sans surcharge.
La casquette gavroche reste l’accessoire le plus identifiable. En extérieur, elle complète la tenue sans effort. En intérieur, elle bascule vers le cosplay. C’est un détail de contexte, pas de style.
Dernier point : la couleur. Les saisons tardives de la série privilégient les gris, les bleus nuit et les noirs plutôt que les bruns terreux des débuts. Une palette sombre et sobre ancre la tenue dans un registre portable au quotidien, là où un tweed roux à gros carreaux attire un type d’attention qui ne pardonne pas les approximations de coupe.

